rapport de cédric villani sur l'intelligence artificielle

Rapport de Cédric Villani sur l’Intelligence Artificielle

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Le député Cédric Villani, célèbre mathématicien français, s’est vu confier par le 1er ministre une mission d’information sur la stratégie française autour de l’Intelligence Artificielle. Le rapport vient d’être publié et fait la bagatelle de 235 pages! Je vous propose les points clés à retenir. Sachez toutefois que sans tout lire, les auteurs ont eu la bonne idée de détailler considérablement le plan et de proposer une synthèse intitulée « Le rapport en 10 pages ». J’apprécie considérablement l’effort ;-)!

Introduction au Rapport de Cédric Villani sur l’Intelligence Artificielle

Née au milieu du XXème siècle, l’intelligence artificielle est difficile à définir. Elle se situe au croisement de la science fiction et de la recherche scientifique poussée. Elle passionne pourtant beaucoup de monde, curieux d’en repousser sans cesse les limites.

Depuis quelques années, de nouveaux espoirs apparaissent à la faveur d’évolutions majeures, parmi lesquelles:

  • l’apprentissage automatique
  • la datafication du monde,
  • le supercalcul
  • le stockage massif
  • la robotique
  • la blockchain

Il apparaît désormais que [inlinetweet prefix= » » tweeter= »@joel_bassani » suffix= » »]l’intelligence artificielle va devenir une clé du monde à venir[/inlinetweet]! L’objectif du rapport de Cédric Villani sur l’intelligence artificielle, ambitieux mais nécessaire, est donc de donner un sens à ce sujet. C’est-à-dire de donner un cap, une signification et des explications à destination de la France mais aussi de l’Europe.

Une politique économique articulée autour de la donnée

Ce n’est pas forcément grâce à un Google européen que la France et l’Europe se feront une place sur la scène internationale. Un modèle spécifique et propre doit être inventé.

Il faut dans un premier temps se concentrer sur la production de données, matière première de l’intelligence artificielle. Il s’agit ensuite de constituer des « biens communs » de la donnée. Les évolutions de réglementation en cours seront en cela des piliers fondateurs: réutilisation des données du secteur public, réforme du droit d’auteur, RGPD.

De plus, il existe en France une communauté puissante autour de l’IA, qui a tous les atouts pour réussir. Il faut impérativement leur laisser de la place et les rendre visibles plutôt que systématiquement se tourner vers les grands noms internationaux. [inlinetweet prefix= » » tweeter= »@joel_bassani » suffix= » »]Faisons confiance à nos pépites nationales en Intelligence Articielle[/inlinetweet]! Pour organiser cela, un Guichet unique d’information à l’IA pourrait être pertinent pour accompagner tous les acteurs à mieux comprendre les potentiels et formaliser les besoins. Des plateformes de mutualisation de compétences et des bacs à sable d’innovation pour fluidifier les parcours d’innovation en IA pourront compléter le dispositif.

Enfin, 4 secteurs stratégique sont à favoriser:

  • santé
  • environnement
  • transport-mobilités
  • défense-sécurité

Note: on voit que les impacts sur l’assurance sur 2 de ces 4 thèmes sont fondamentaux.

L’Etat, via la commande publique qui doit être à repenser sur ce sujet grâce à un coordinateur interministériel, pourra être un excellent levier.

Pour une recherche agile et diffusante

Afin de limiter la « fuite des cerveaux », il s’agirait de fédérer la recherche autour d’institut interdisciplinaires autonomes et coordonnés. Ceux-ci feront le lien avec les sciences sociales notamment. Conçus comme des zones franches de l’IA, avec des formalités réduites et des incitations et aides diverses, ils auront vocation à recréer de l’attractivité.

Cela sera complété par des partenariats avec les acteurs privés, permettant, grâce à des contrats cadre, de favoriser l’émergence et l’aboutissement de projets.

Les outils de calcul sont nécessaires à la réussite. Le rapport de Cédric Villani sur l’intelligence artificielle propose donc la création d’un supercalculateur au niveau européen, complété par un cloud privé.

Il est illusoire de rivaliser financièrement avec les GAFAM, mais le rapport préconise de doubler les salaires en début de carrière dans la recherche publique pour rendre plus attractive ces carrières.

Anticiper les impacts sur le travail, l’emploi et expérimenter

Le rapport a la bonne idée de rappeler qu’avant de parler de suppression d’emploi, il s’agit de parler de transformation des métiers. C’est à ce premier enjeu qu’il faut s’atteler, pour gérer la transition. Il ne faut pas céder à la panique ni au fatalisme ! (Note: c’est génial de lire cela dans le rapport officiel d’un député français!)

Il est possible avant toute chose de chercher de la complémentarité entre humain et IA.

Puis l’anticipation peut se structurer au sein d’un lab public de la transformation du travail. Il sera alors possible d’expérimenter des logiques différentes de celles qui régissent le monde actuel. En particulier, tout le monde n’est pas égaux dans la capacité d’adaptation à ces sujets. Les démarches pourront cibler des populations ou des emplois considérés comme plus sensibles que d’autres. Il s’agit alors de rompre avec la seule logique individuelle dans la formation professionnelle.

Il faudra également trouver de nouveaux modes de financement de la formation pour tenir compte des transferts de valeurs parfois décorrélés de la masse salariale.

Enfin, [inlinetweet prefix= » » tweeter= »@joel_bassani » suffix= » »]un objectif clair doit être donné: multiplier par 3 en 3 ans le nombre de personnes formées à l’IA, à tous les niveaux[/inlinetweet]!

L’intelligence artificielle au service d’une économie plus écologique

A ce stade, il apparaît que les besoins à l’horizon 2050 en technologie et capacité de stockage dépasseront les réserves de silicium.

Ainsi plusieurs pistes sont à explorer:

  • penser une IA plus verte, vers des innovations de rupture
  • libérer la donnée écologique, afin de mieux sensibiliser et suivre les évolutions (Note: Dans mon cours de gestion financière à Sciences Po Lille, je cite souvent: ce qui se mesure bien se pilote bien)

Quelle éthique de l’IA?

L’IA ne doit pas se développer sans cadre, car les conséquences pourraient être néfastes. La communauté scientifique, les acteurs publics, les industriels, les entrepreneurs et la société civile doivent donc se mobiliser pour poser les bases d’un cadre éthique.

Dans un premier temps, il faut dépasser l’idée de boite noire, liée à l’apparente opacité des technologies. Cela permettra de mieux comprendre les processus en jeux, les transformations, les biais, les raccourcis ou les conséquences de l’IA.

L’éthique by-design (en référence à la privacy by design de RGPD) est essentielle. Cela sera possible en responsabilisant tous les acteurs concernés. Comme cela sera insuffisant, un comité d’éthique pourrait être créé pour organiser le débat public et penser le temps long.

Pour une IA inclusive et diverse

L’intelligence artificielle ne peut pas être une machine à exclure! Il est impératif d’agir pour l’égalité, la mixité et la diversité. Des incitations peuvent être prévues pour favoriser l’accès des femmes à ces thématiques (Note: il n’est pas précisé quelle nature pourraient prendre ces incitations).

Enfin, une médiation numérique et une innovation sociale peuvent être mise en avant pour que l’IA bénéficie à tous.

Mon avis sur le rapport de Cédric Villani sur l’Intelligence Artificielle

Un certain nombre de propositions sont réellement ambitieuses, et à mon sens, de nature à donner à la France l’élan nécessaire pour favoriser l’IA. Toutefois, 2 limites sont à noter:

  • D’une part, on peut douter de la réelle faisabilité concrète de l’ensemble de ces mesures dans un délai raisonnable
  • D’autre part, l’innovation en IA manque encore de maturité pour que des choses puissent être réellement structurées tout autour. La recherche de cas d’usages notamment prend du temps, des expérimentations, et beaucoup d’essais infructueux avant d’obtenir des résultats.

Je crains donc que certains de ces éléments soient prématurés. Néanmoins, ne nous plaignons pas de devoir dire que pour une fois nous risquerions d’être en avance…!!

Rapport de Cédric Villani sur l’Intelligence Artificielle
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