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Les défis techniques que pose la téléassistance à la personne

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J’avais en janvier dernier ouvert mon blog à tout intervenant qui souhaitait apporter un éclairage sur un aspect de l’innovation dans l’assurance. Catherine Marquèze d’InfleXsys et Boris Dumontet de Vitalbase ont eu l’amabilité de se prendre au jeu de l’écriture ! Ils nous proposent ici quelques éléments de compréhension autour de la téléassistance à la personne, qui viennent compléter l’article publié il y a quelques mois sur VA²CS. Je reprends leur texte presque sans modification, en espérant que vous trouviez ici autant de valeur que moi ! Merci à eux !

Dans le contexte actuel de vieillissement de la population, nombreux sont les acteurs du secteur à s’intéresser aux innovations numériques qui permettraient à des personnes en perte d’autonomie de rester le plus longtemps possible chez elles : cela répond à une attente formulée par les seniors, mais aussi à une volonté des institutions publiques de réduire les hospitalisations et les remboursements de soin.

La téléassistance traditionnelle

Les solutions de téléassistance à la personne qui existent déjà depuis plusieurs années répondent à cette problématique, puisque, selon la définition qu’en donne le Larousse, elles offrent à une personne vivant seule, la possibilité « d’être mise en relation, par un simple appel, avec des personnes désignées ou un service d’urgence ».

Par extension, ces solutions de téléassistance s’adressent à toutes les personnes vulnérables (c’est-à-dire âgées, dépendantes, handicapées ou malades) et leur donnent la possibilité d’alerter un service d’assistance en cas de problème (chute, malaise…).

En France, selon une étude menée par la DGE[1], 580 000 personnes sont abonnées à un service de téléassistance ; une autre étude[2] évoque même 797 000 personnes équipées, sur un marché que se partagent quelques gros acteurs comme Europ Assistance, Présence Verte, Mondial Assistance, Filien ou Assistel.

Si ce service concerne essentiellement les personnes de plus de 80 ans, le marché s’est étendu depuis quelques années aux travailleurs isolés, susceptibles de faire face à des situations critiques lors de la réalisation de leurs missions. Les entreprises qui les emploient sont en effet tenues, dans le cadre de leurs obligations en matière de prévention des risques professionnels, de mettre en place les protocoles nécessaires à l’alerte et à l’organisation des secours.

Qu’apportent les objets connectés à la téléassistance ?

L’apparition il y a quelques années des objets connectés a permis de repousser les limites de la téléassistance traditionnelle : ces dispositifs connectés sont en effet en mesure de détecter des anomalies (chute, absence de mouvement, changement dans les habitudes de vie ou encore sortie d’un périmètre défini) et de déclencher automatiquement une alerte en direction d’aidants désignés préalablement (famille, voisins, personnel médical, opérateur de téléassistance).

Ces solutions connectées offrent encore plus d’indépendance aux personnes concernées (principalement les seniors) dans un cadre sécurisant.

Si la problématique semble facile à énoncer (détection d’une anomalie, déclenchement automatique d’une alerte), la variété des usages et des cibles auxquelles s’adressent les solutions connectées de téléassistance rendent leur mise en œuvre complexe et amènent parfois à relever des défis techniques que les utilisateurs sont loin d’imaginer.

Voyons cela plus en détails.

En matière de téléassistance, que cherche-t-on à détecter ? et quels sont les défis ?

La chute (ou l’absence de mouvement)

Quel est l’enjeu ?

En France, 85% des accidents de la vie courante chez les plus de 65 ans sont liés à des chutes et surviennent principalement au domicile[3]. Précisons que la chute est la première cause de décès par accident de la vie courante[4] chez les plus de 75 ans. Le coût financier des chutes est estimé à 2 milliards d’euros[5] par an pour les collectivités en France. Son calcul est complexe car il inclut de nombreuses composantes, à la fois humaines, hospitalières et médico-économiques.

La chute des seniors est donc un problème de santé publique, auquel les institutions et les différents acteurs du marché (opérateurs de téléassistance, banques, assurances, opérateurs téléphoniques…) sont particulièrement sensibles.

Précisons qu’en cas de chute, le temps d’intervention est déterminant pour éviter des complications souvent irréversibles. En dehors des complications liées à la chute, le risque est aussi que la personne, par peur de retomber, restreigne volontairement ses déplacements et entre progressivement dans la dépendance (syndrome post-chute).

Qu’appelle-t-on une chute ?

En matière de téléassistance, on distingue la chute « lourde » (perte soudaine et rapide d’équilibre suivi d’un fort impact du corps sur le sol engendrant l’incapacité de l’usager à recouvrer la position debout) de la chute « brusque » qui est d’avantage liée à une pathologie (AVC, malaise…).

Comment détecter la chute ?

Pour répondre à cette problématique, des solutions connectées de détection de chute (telle que celles que propose Vitalbase) sont apparues s’appuyant sur des bracelets, des montres ou encore des médaillons connectés.

Le principal intérêt de ces objets est qu’ils peuvent être portés en permanence par la personne, et convenir à tous les publics.

Ils sont munis de plusieurs capteurs suffisamment sensibles, notamment un accéléromètre 3 axes (c’est-à-dire qui calcule l’accélération linéaire selon 3 axes orthogonaux), associés à des algorithmes qui mesurent les mouvements (et même, les micromouvements) : correctement paramétrés, ces algorithmes sont capables d’optimiser la détection automatique en différenciant une chute de ce qui ne l’est pas (fausses alarmes).

Lorsqu’une chute « lourde » est détectée, le dispositif connecté procède dans un premier temps à une analyse pour vérifier s’il y a reprise d’activité ou non. Si la personne se relève, aucune alarme n’est envoyée mais l’usager peut toutefois appuyer sur le bouton SOS, s’il le juge nécessaire. Si la chute « lourde » est avérée, le dispositif connecté envoie l’alarme au bout de 40 secondes via un transmetteur. Un capteur dit « capacitif » permet d’annuler l’envoi lors d’une éventuelle fausse alarme (l’usager doit simplement recouvrir l’objet connecté avec sa main).

Selon les cas d’usages, le dispositif connecté peut déclencher une alarme sonore, une interaction vocale avec l’aidant ou une alarme muette (cette option est pertinente dans le cas des travailleurs isolés pour lesquels l’un des risques encourus peut être l’agression).

Le déclenchement de cette alerte est évidemment soumis à deux prérequis incontournables : la disponibilité de la connectivité choisie (réseau mobile, connectivité radio, réseau Sigfox…) pour relayer l’alerte et le chargement de la batterie de l’objet connecté.

Une connectivité appropriée aux cas d’usages

Pour transmettre l’alerte, différentes approches sont recommandées selon que la personne reste ou sort de son domicile.

A l’intérieur du domicile de la personne fragilisée, le réseau mobile peut manquer de fiabilité. Une solution consiste à relier le détecteur automatique de chute à un transmetteur par connectivité radio 868MHz afin de relayer les alertes.

Pour détecter l’alerte à l’extérieur du domicile (ou sur le lieu de travail dans le cas d’un travailleur isolé), il est possible par exemple d’utiliser le réseau Sigfox en back up du réseau mobile car sa densité est plus importante.

On peut également relier le dispositif connecté, s’il est doté d’une connectivité Bluetooth, à un smartphone, utilisé ainsi comme passerelle. Cela permet aussi aux aidants de paramétrer plus facilement les protocoles radio du dispositif connecté.

Privilégier une autonomie élevée

Certains choix technologiques sont dictés par une contrainte importante : l’autonomie. Il faut choisir de préférence des objets dont l’autonomie et la durée de vie de la batterie sont élevées. Une trop faible autonomie du produit peut avoir des conséquences financières (nombreuses interventions des services de la téléassistance).

Par ailleurs, pour des raisons évidentes de sécurité, il est important que la pile ne puisse pas être retirée facilement.

Autre point important : dans le cas d’usage où le détecteur de chute doit être porté sans interruption, à chaque instant de la journée (lever, coucher, douche, etc.), il n’est pas envisageable de devoir enlever le produit pour le recharger. Si l’on doit changer les piles trop fréquemment, cela peut devenir une contrainte et donc une cause de non utilisation du détecteur.

Pour pallier les situations de batterie déchargée, dans le cas de personnes dépendantes, une solution consiste à paramétrer l’envoi d’une alerte aux aidants (famille, personnel médical en EHPAD par exemple), lorsque le pourcentage de chargement de la batterie passe en dessous d’un seuil prédéfini.

Design moderne et non « stigmatisant »

Le design prend une place importante dans l’univers des objets connectés. Au-delà de l’aspect esthétique, il doit refléter des usages, être accepté par le public cible, incarner des services et la marque. Il s’agit donc de travailler sur un design approprié à la cible (taille, poids, esthétique…) pour augmenter son acceptabilité, tout en prenant en compte les contraintes liées à la résistance,  l’étanchéité, etc.

La sortie d’un périmètre identifié au préalable

Geofencing : principes

Le Geofencing (ou géo repérage) est un dispositif permettant de définir une zone entourée d’une clôture virtuelle, afin de pouvoir déclencher une alerte lorsqu’un appareil ou une personne entre ou sort de cette zone.

Cette fonctionnalité est particulièrement utile lorsqu’il s’agit de mettre en place un accompagnement quotidien permettant aux personnes fragilisées de sortir de leur espace de vie, sans que cela soit trop inquiétant pour leurs aidants.

Cela concerne notamment les personnes âgées souffrant de perte de repères, comme c’est le cas pour les patients atteints de la maladie d’Alzheimer.

Le Geofencing s’appuie sur la géolocalisation : De la même façon que précédemment, il s’agit d’ équiper les personnes d’un objet du quotidien, muni cette fois d’une puce GPS, puis de paramétrer un périmètre au-delà duquel l’alerte se déclenche.

Les défis techniques que pose la géolocalisation

La géolocalisation peut sembler une fonctionnalité évidente (nous l’utilisons tous au quotidien) ; cependant, lorsqu’il s’agit de surveillance de personnes fragilisées, cette fonctionnalité constitue un réel défi technique.

Le GPS, pour fonctionner, exploite en effet des signaux radios émis par des satellites. Il permet d’obtenir une précision de quelques mètres s’il obtient des signaux d’au moins 4 satellites. Le problème, c’est qu’il ne fonctionne pas (ou mal) s’il rencontre des obstacles, ce qui est le cas à l’intérieur de bâtiments, ou dans les « zones blanches » (il existe encore en France des zones enclavées n’ayant pas accès à un réseau mobile) : Si la couverture GPS est trop faible, l’alerte peut se déclencher sans raison, ce qui nuit à l’efficacité du système.

Dans nos téléphones, les réseaux WIFI et cellulaires prennent alors le relai, sans offrir toutefois la même précision (elle est de quelques dizaines de mètres en milieu urbain) car cela dépend du nombre d’antennes cellulaires et wifi présentes dans la zone. Mais il faut savoir que si nos smartphones intègrent une variété de capteurs (GPS, Wifi, cellulaire), les objets connectés, eux, pour des raisons de miniaturisation, sont moins bien lotis.

C’est ici que les solutions de géolocalisation indoor s’appuyant sur des beacons sont particulièrement utiles et efficaces. Ces petits capteurs Bluetooth sont en effet capables de géolocaliser très précisément l’objet connecté à l’intérieur de bâtiments : associés à une montre ou un pendentif connecté, ils permettent de retrouver une personne dans un bâtiment et de détecter sa sortie d’un périmètre défini.

Potentiels et limites

On l’aura compris, ces solutions sont particulièrement intéressantes pour les personnes fragilisées et pour les travailleurs isolés. Pour les uns, elle retarde l’entrée en dépendance, et pour les autres elle permet de déclencher l’alerte et facilite la mise en œuvre rapide des secours.

Il est à noter cependant, que pour faciliter l’appropriation de ces solutions par leurs utilisateurs, il est incontournable de prendre en compte l’aspect esthétique (l’objet ne doit être ni stigmatisant ni anxiogène, et rester discret…) ; le degré d’autonomie de la personne (par exemple, pensera-t-elle à mettre la montre à charger tous les soirs ?) ; l’évolutivité de l’objet connecté (pour pouvoir répondre à différents besoins ultérieurs sans nécessiter le changement d’objet) ; sa compatibilité avec d’autres objets connectés (par exemple, il peut y avoir des interférences entre plusieurs objets qui utilisent tous de courtes fréquences).

Enfin, quelles que soient les technologies utilisées, il est important de garder en tête les limites des solutions mises en œuvre (perte de réseau mobile, perte ou oubli de l’objet connecté, déchargement de sa batterie, etc.), pour ne pas se retrouver dans la situation de cet EHPAD ayant mis en place un dispositif de Geofencing s’appuyant sur des montres connectées pour ses patients atteints d’Alzheimer : l’un d’entre eux sort du périmètre défini pour aller au café… et perd sa montre en route (il se la fait voler ou l’enlève pour une raison inconnue) : l’histoire, rassurez-vous, se termine bien pour le patient (l’alerte est bien parvenue aux aidants)… La montre, elle, a disparu.

Les auteurs

Voici ci-dessous une mini-bio sur les 2 auteurs de cet article. Si vous aussi vous souhaitez publier un article ici, contactez-moi!

Catherine Marquèze, Responsable Marketing & Communication, InfleXsys

Catherine Marquèze définit et met en œuvre la stratégie Marketing et Communication d’InfleXsys, Entreprise de Services du Numérique spécialisée dans le développement d’applications mobiles professionnelles et d’interfaces pour des objets connectés. Experte en matière de mobilité et de sécurisation des échanges avec les systèmes d’information existants, InfleXsys met son savoir-faire au service des grands acteurs de la santé.

Lien: www.infleXsys.com

Boris Dumontet, Responsable Marketing & Communication chez Vitalbase

Boris Dumontet définit et met en œuvre la stratégie Marketing et Communication de Vitalbase, leader européen de la détection automatique de chutes. Le Vibby OAK est le premier bracelet/médaillon dédié au maintien à domicile ou à la protection en établissement de santé. Protégé par trois brevets internationaux, il détecte automatiquement les chutes lourdes grâce à un nouvel algorithme associé à plusieurs capteurs. Le produit protège 500 000 personnes en Europe et est référencé auprès de tous les professionnels téléassistance.

Lien: www.vitalbase.fr

Références

[1] DGE (Direction Générale des Entreprises) (2017) L’avenir du marché de la téléassistance et des services associés [en ligne] ; Disponible sur <https://www.entreprises.gouv.fr/etudes-et-statistiques/avenir-du-marche-de-la-teleassistance-et-des-services-associes> [consulté le 09 avril 2018]

[2] Frédéric Serrière Consulting (2016) 797 000 personnes équipées d’une téléassistance en France [en ligne] ; Disponible sur <http://www.fredericserriere.com/silvereconomie/797-000-personnes-equipees-dune-teleassistance-en-france/> [consulté le 09 avril 2018]

[3] EPAC (Enquête Permanente sur les Accidents de la Vie Courante) (2016) Enquête permanente sur les accidents de la vie courante [en ligne] ; Disponible sur <http://invs.santepubliquefrance.fr/Publications-et-outils/Rapports-et-syntheses/Maladies-chroniques-et-traumatismes/2016/Enquete-permanente-sur-les-accidents-de-la-vie-courante-EPAC> [consulté le 10 avril 2018]

[4] INSERM (Institut National de la Santé Et de la Recherche Médicale) (2015) Activité physique et prévention des chutes chez les personnes âgées [en ligne] ; Disponible sur <https://www.inserm.fr/information-en-sante/expertises-collectives/activite-physique-et-prevention-chutes-chez-personnes-agees> [consulté le 10 avril 2018]

[5] SILVER ECO (2016) Le coût des chutes des personnes âgées estimé à 2 milliards d’euros pour les collectivités [en ligne] ; Disponible sur <https://www.silvereco.fr/le-cout-des-chutes-des-personnes-agees-estime-a-2-milliards-deuros-pour-les-collectivites/3157058> [consulté le 10 avril 2018]

 

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