assurance à l'ère digitale

Geneva Association – L’assurance à l’ère digitale

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La « Geneva Association » se présente comme le think tank international leader sur l’industrie de l’assurance. Elle a été créée en 1973 par des dirigeants de premiers plan des groupes d’assurance mondiaux avec un objectif de détecter les idées et les débats de fonds ayant un impact sur le métier de l’assurance. Elle veille également à inspirer des travaux de recherches, organiser des débats et publier se résultats le plus largement possible. 5 thèmes de recherche sont actuellement à l’étude : la stabilité financière et la réglementation associée, les risques autour du climat et des événements extrêmes, le vieillissement de la population, innovation et cyber et le « protection gap » (écart entre le niveau de couverture socialement bénéfique et le niveau réel). L’association a publié le 7 septembre 2018 un rapport intitulé « L’assurance à l’ère digitale ». Que faut-il en retenir ?

En bref

L’executive summary reprend 3 messages :

  • La technologie digitale change la nature du risque que couvre l’assurance
  • La technologie digitale a le pouvoir de bénéficier à tous, mais soulève des gros enjeux et représente un risque de surcoût
  • Le principal challenge va être de trouver un équilibre risques / bénéfices de ces technologies

L’impact de la technologie digitale sur la chaine de valeur de l’assurance

Changement de nature de produits

Le rapport présente trois exemples de cas où le risque couvert par l’assurance change véritablement de nature :

  • L’assurance à la demande : couverture d’un risque spécifique à un instant t, la souscription est aussi simple qu’un « swipe » sur un smartphone ;
  • L’assurance à l’usage : la couverture à l’usage d’un bien, l’exemple le plus courant étant le pay-as-you-drive
  • L’économie collaborative et du partage : l’objectif est de couvrir l’usage d’un bien plutôt que sa propriété, comme lorsque vous conduisez le véhicule d’un ami.

Changements à la chaine de valeur

Toutes les étapes de la chaine de valeur sont concernées :

  • Tarification / Souscription : Les nouvelles sources de données multiples et les outils plus performants pour les exploiter rendent plus pertinentes les analyses de risques et les tarifcations.
  • Distribution : Les canaux de distribution, autrefois traditionnels, via des intermédiaires (agents / courtiers), laissent progressivement plus de place à une relation directe. Le mobile et internet mobilisent plus fortement l’attention.
  • Gestion des sinistres : L’automatisation du processus, des notifications en temps réel ou encore des estimations prédictives des montants des dégâts, sont autant de solutions nouvelles qui viennent modifier les pratiques. La lutte contre la fraude est aussi en phase d’expansion.
  • Création d’offres : Là où la digitalisation peut avoir un impact essentiel, c’est dans l’accélération du développement des produits, qui peuvent donc désormais intégrer des retours d’expérience de la distribution ou des sinistres plus rapidement et s’adapter au marché.

Le changement de nature des risques

Une modification des risques existants

La technologie digitale apporte globalement des bénéfices à la société, mais des effets sont parfois inattendus. Les véhicules deviennent de plus en plus autonomes par exemple, avec de l’assistance à la conduite. En devenant autonomes, ils deviennent plus sûrs, et ainsi c’est le risque sous-jacent à l’assurance automobile qui s’en trouve bouleversé. Par voie de conséquence, McKinsey estime que le volume de primes auto aux Etats-Unis pourrait se réduire de près de 25% d’ici à 2035.

Une évolution du rôle de l’assureur

Cette même évolution peut être constatée par la prévention dans le domicile (avec des capteurs de feu ou de fuite), ou dans la santé. Les nouvelles technologies font ainsi évoluer le métier de l’assureur d’un indemnisateur à un prédicteur et préventeur de risques !

Un certain nombre d’outils existent aujourd’hui pour faciliter cette prédiction, notamment en matière de santé où certains tests médicaux permettent d’identifier avec certitude le risque d’apparition d’une maladie.

De nouveaux risques

Enfin, au-delà de la transformation des risques, on voit apparaître de nouveaux risques, qui viennent prendre une place croissante. C’est le cas par exemple du cyber-risque.

La transformation dans la relation clients des assureurs

L’utilisation d’outils connectés par les assurés peut être bénéfiques autant pour les assurés que pour les assureurs. D’ici à 2021, 10% des personnes qui utilisent une technologie wearable auront changé au moins partiellement leur mode de vie, et auront gagné en moyenne 6mois d’espérance de vie. Des offres liées au bien-être commencent à apparaître chez les assureurs, en accroissant l’engagement des assurés. Un système de récompenses et de réduction permet de rendre le système viable.

De plus l’usage des technologies va renforcer l’accès au marché, ce qui est d’autant plus vrai sur les marchés à faibles revenus. Les technologies mobiles notamment faciliteraient le déploiement.

Les assureurs deviennent les gardiens et gestionnaires des risques personnels des assurés ! En effet, leur rôle s’étend vers un rôle de conseil, voire de prescripteur pour prévenir, voire réduire les risques. Cette notion de services additionnels devient essentielle. Dans une récente étude, 61 des souscripteurs au Royaume-Uni considèrent qu’ils changeraient d’assureur si leur assureur actuel cessait de proposer les services qu’ils souhaitent.

Cependant un risque d’anti sélection existe par ce partage plus large de données. (Note : En effet, ceci vient progressivement réduire l’asymétrie d’information propre au monde de l’assurance). En maîtrisant mieux l’analyse de risques, l’assureur pourrait vouloir éviter de sélectionner des risques qu’il sait pouvoir couter cher.

La protection des données et la vie privée devient essentielle. En effet, les assureurs obtiennent un grand nombre de données sur les assurés, directement ou par le biais de tiers. Cela leur donne un avantage mais leur confère également une grande responsabilité. L’éthique dans l’usage à faire de ces données est importante.

Enfin, la meilleure connaissance des risques permettra à tous de mieux maîtriser et comprendre le processus de tarification, souvent flou pour les néophytes. Cela ouvre des perspectives pour une vraie différenciation au prix sur le marché. En effet, si l’on sait à correspond le tarif obtenu, on peut plus facilement le comparer avec d’autres.

Un environnement concurrentiel en mutation

Des acteurs plus variés

Les acteurs en dehors du secteur de l’assurance commencent à s’y intéresser de près, d’abord sous forme de partenariats, mais aussi en concurrence directe. Cela peut être des startups / insurtechs, des industriels (comme les fabricants automobiles) ou encore des gros acteurs de la donnée.

Les frontières traditionnels entre les secteurs sont en train de s’effacer. L’exemple de la plateforme Ant Financial, en Chine, qui structure autour d’elle un ensemble de services financiers (services de paiements, de prêts, de gestion de patrimoine ou encore d’assurance), propose déjà les services de près de 80 compagnies d’assurance qui vendent plus de 2000 produits. La croissance des collectes de primes est de 43% par an…

Côté industriels automobiles, ils ont désormais accès à un volume suffisant de données sur les déplacements pour proposer de nouveaux services et obtenir des sources de revenus nouvelles. Cela peut se faire en revendant ces données à d’autres acteurs, ou en exploitant directement la donnée grâce à des technologies big data ou d’intelligence artificielle. C’est donc l’occasion pour de nouveaux acteurs de proposer des produits d’assurance liés à leurs véhicules. (Note : comme je le signale régulièrement, si l’assureur ne vend pas de voitures, le vendeur de voiture vendra des assurances…)

Le rôle croissant de la donnée

Avec l’essor de la donnée, la question de son usage et de son accès est également posée. Le manque d’accès à certaines données est clairement un frein à la pénétration du marché. Ne peut-on pas même considérer qu’être seul à détenir l’accès au marché par ce biais est un abus de position dominante. Au-delà des questions réglementaires même sur l’usage qui est fait des données, ces questions pourraient devenir essentielles à court terme.

Que faut-il retenir de « L’assurance à l’ère digitale »

Ce rapport n’apporte que peu d’éléments nouveaux, mais l’important c’est que de plus en plus d’organismes de premier plan du monde de l’assurance posent des jalons essentiels à la transformation du secteur. La Geneva Association reconnait ici que tout le marché doit se mettre en mouvement, même si ce n’est pas encore le cas partout.

Si vous souhaitez vous aussi acteur de l’assurance, startup, ou cabinet de conseil, entrer dans cette transformation, contactez nous ou sollicitez une rencontre.

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