Dessine moi une mutuelle

Dessine-moi une mutuelle – 1. Réinventer des principes mutualistes intemporels

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L’assurance en Mouvement et The Links ont publié en juin 2018 un ouvrage collectif intitulé « Dessine-moi une mutuelle 2018-2028 ». Co-écrit par certains des plus grands noms du monde mutualiste français, l’ouvrage souhaite explorer la nouvelle modernité des mutuelles. Je vous propose à partir d’aujourd’hui et dans les semaines qui viennent une synthèse des 7 articles de ce livre. Commençons par le premier article, co-écrit notamment par Benoît Briatte (MGP) et Jérôme Saddier (MNT), intitulé « Réinventer des principes mutualistes intemporels ».

Réinventer le modèle économique sur la non-lucrativité

Le modèle mutualiste atteint ses limites du fait d’une réglementation en pleine évolution et des changements sociétaux massifs. Des alliances deviennent nécessaires pour passer ces caps, et ce sont celles que l’on constate sur le marché depuis plusieurs années. Ces alliances peuvent se faire entre des acteurs de différentes natures (mutuelles, IP, compagnies, etc.). Cela fait émerger des modèles de fonctionnement qui se doivent d’être innovants. Il n’en demeure pas moins que la mutualité doit trouver son modèle pour assumer son statut. Les mots du président de la mutualité sont plutôt clairs : « Le modèle de la mutualité de demain, c’est le non lucratif ».

Eviter les confusions

Il existe dans ce milieu une confusion souvent constatée, entre non-lucrativité et absence de rentabilité ou le fait de ne pas pouvoir gagner d’argent (Note : Attention, déjà à ce stade, gagner de l’argent et être rentable sont 2 choses différentes… !).

Les mutuelles ont une nature non-lucrative, ce qui signifie qu’elles dégagent de la rentabilité, mais choisissent d’affecter les profits à un rôle sociétal et des valeurs humanistes. Il ne faut pas confondre le fait de générer des profits et la manière dont ces profits sont utilisés. Générer des profits est nécessaire à toute activité économique pour survivre. L’usage qui en est fait est bien tout l’enjeu. La redistribution vers de l’action sociale, vers des actions du livre III (ie : centres de santé par exemple) ou en réinvestissant dans le modèle.

La question de la fiscalité est problématique. Il existe une mésentente entre assureurs et mutuelles sur la question de l’imposition. Les assureurs considèrent qu’il est normal de voir les mutuelles imposées sur leur résultat. Or, les mutuelles apportent à la société plus que le modèle classique d’une entreprise capitalistique, et elles estiment que, n’ayant pas d’actionnaires pour alimenter les fonds propres, elles devraient être exemptées ou a minima traitées avec un régime particulier.

Les frontières du non-lucratif

Il est important d’envisager le milieu mutualiste, non pas uniquement pour lui-même, mais aussi dans son environnement. Pour des mutuelles qui s’occupent de fonctionnaire, et qui travaillent à leur bien-être, rechercher une réduction d’impôts est contre-productif. En effet, il y aura moins de moyens pour leur activité quotidienne. Une SA est une chaine : des gens investissent dans une entreprise pour en retirer des profits. Une mutuelle est une boucle, elle est créée par et pour ses adhérents.

Les 3 principes du mutualisme

A l’avenir, le seul statut de mutuelle ne suffira plus, il s’agira de répondre à 3 grands principes :

  • innovation
  • valeur ajoutée sociale : travail pour les sociétaires et pas pour des actionnaires
  • éthique

Mission fondamentale

La mutuelle ne doit pas perdre de vue son engagement premier, celui d’accompagner les sociétaires et de résoudre les problèmes de la vie quotidienne des gens. Il convient de ne pas se laisser embarquer par la technocratie, très chronophage et contre productive.

Finalités et fonctionnement

Le mutualisme s’intègre comme une branche de l’économie sociale et solidaire. Il doit y avoir une cohérence entre les finalités et l’organisation. Côté finalité, la protection sociale est de plus en plus concurrentielle, identifier des finalités vraiment différenciantes est illusoire, malgré les grands discours. Toutefois, il existe une autre finalité, celle d’une solution collective, construite ensemble avec des mécanismes démocratiques. Cet enjeu perd un peu de sa clarté dans le cadre de contrats collectifs où l’on devient adhérent par le choix de son employeur.

Réinventer des principes mutualistes intemporels

Des fondamentaux historiques intemporels

Le principal fondement du mutualisme est l’intérêt général, valeur portée et revendiquée par de nombreux Français. La question de l’accès aux soins à tous est également historique et il est intéressant de constater que le digital permet peut-être d’apporter de nouvelles réponses. L’aspect financier reste critique, car pour fonctionner, il s’agit de maintenir une stabilité financière dans un environnement qui en manque tant. Enfin, ce qui reste le cœur de métier des mutuelles, la santé, et la proximité avec les adhérents sont des fondamentaux essentiels.

Vers une égalité de l’accès aux soins sans segmentation

La difficulté du système de soins actuel réside dans le risque de segmentation, d’une santé à 2 vitesses. Le mutualisme doit porter un avant un projet de nouveau bond en avant de la sécurité sociale et de la protection sociale au sens large, afin de mieux couvrir tous ceux qui en ont besoin, au moment où ils en ont besoin et pour les soins dont ils ont besoin.

Développer les solidarités au-delà des cercles traditionnels

Les mutuelles agissent avant tout pour leur réseau de sociétaires et d’adhérents. Toutefois, l’ambition serait de pouvoir avoir un impact au-delà de ces seuls cercles et de pouvoir agir sur des thèmes de société qui nous touchent tous.

Que faut-il retenir de « Réinventer des principes mutualistes intemporels » ?

Cette somme de petits articles en forme de kaléidoscope présente un contexte mutualiste qui cherche un nouveau souffle. Le mutualisme cherche surtout à repositionner son modèle à part dans l’environnement concurrentiel. Les enjeux sont de taille, mais dans un contexte d’économie sociale et solidaire qui se renforce depuis quelques années, on peut estimer qu’il y a un avenir. Il n’est pas certain en revanche que ces premières contributions apportent une réponse concrète. Les principes et la théorie sont clairs, la pratique l’est un peu moins. Les prochains articles donneront peut-être du corps à cette vision 2018-2028 ! Abonnez vous à la newsletter pour suivre les prochaines publications.

Dessine-moi une mutuelle – 1. Réinventer des principes mutualistes intemporels
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